26 februari 2015

Interview Oil & Gas IQ

Interview 2
    

Dans cette interview exclusive pour Oil & Gas IQ, le rédacteur en chef, Tim Haïdar, a évoqué avec le  CEO de Primagaz Benelux, Maarten Bijl, le niveau de conversion au LNG à l’heure des faibles cours pétroliers, les mesures à prendre pour surmonter les obstacles qui empêchent l’industrie et l’automobile à adopter le LNG comme carburant.

Le LNG n'a rien de nouveau, il est disponible, sûr et fait ses preuves depuis des années. A long terme, le LNG reste plus économique que le pétrole, quelles que soient vos prévisions de prix. Le LNG s'inscrit dans le dévelopemment durable, avec une facette économique et écologique.

Maarten bijl

ceo primagaz benelux

Interview 1Maarten Bijl

TH Bonjour et bienvenue, je me présente, Tim Haïdar. Aujourd’hui, nous accueillons dans The Boardroom, le CEO de Primagaz Benelux, Maarten Bijl. Maarten, un grand merci de nous rejoindre aujourd’hui dans The Boardroom.

MB Bonjour Tim. Merci de me recevoir.

TH Tout d’abord, pourriez-vous nous expliquer brièvement les objectifs de votre entreprise dans le Benelux et nous en présenter les activités ?

MB  Primagaz fait partie d’un grand groupe, appelé  SHV Energy – l’opérateur leader dans la distribution de propane : nous desservons plus de 30 millions de clients. Dans le Benelux, Primagaz aspire à devenir le leader dans la vente et la distribution de 'small-scale' LNG. Notre entreprise cible deux marchés : l’automobile et l’industrie. Nous avons installé récemment le premier site LNG industriel en Belgique, qui est devenu opérationnel en juin de l’année dernière.

TH Bien. Parlons à présent d’un des fondamentaux de votre activité, la conversion au LNG. Quels obstacles voyez-vous à cette conversion sur le marché actuel ? 

MB Il faut distinguer l’automobile et le secteur industriel. Dans l’industrie, il s’agit essentiellement de faire passer un site de production, une usine, du pétrole de chauffage ou pétrole lourd au LNG. La question se pose surtout en Belgique. Aux Pays-Bas, la plupart des industries  sont connectées au réseau de gaz naturel.

En réalité, nous déplorons une réelle absence de réglementation et un manque de clarté dans le processus d’autorisation, ce qui entrave considérablement le passage au LNG. Et il faut aussi y ajouter les coûts d’investissement. Faire passer un gros brûleur du pétrole au gaz exige des investissements non négligeables de la part du distributeur mais aussi de l’utilisateur. Et puis, il y a également une différence de prix avec le pétrole, et les incertitudes à ce sujet. Ce qui explique le statu quo actuel dans le marché industriel.

Du côté du marché automobile, la situation est similaire. Le consommateur final, prenons un propriétaire d’une société de transport routier, doit investir dans un camion LNG alors que celui-ci lui coûte plus cher qu’un camion roulant au diesel. Bien sûr, si vous intégrez dans le coût total de possession, les charges opérationnelles d’un camion LNG et les changements du prix du carburant (par rapport au prix du diesel), le calcul se présente différemment

Mais, à l’heure actuelle, la faiblesse des prix du diesel et la disponibilité de camions traditionnels puissants constituent un véritable obstacle à l’accélération, voire à la poursuite de la conversion au LNG.

TH Comment surmonter ces obstacles ?

MB Je pense que les pouvoirs publics peuvent y contribuer de deux manières. La première, c’est la réglementation. Les gouvernements doivent instaurer des règles claires pour l’automobile comme pour l’industrie, en fournissant une sorte de feuille de route pour la procédure d’autorisation. La standardisation est une nécessité absolue sur ce plan.

Ensuite, la baisse des droits d’accise, ou en tout cas la différenciation des accises par rapport aux autres prix (mazout de chauffage, pétrole lourd, diesel) pour stimuler l’adoption du LNG serait également un incitant puissant.

Voilà ce que pourraient mettre en œuvre les pouvoirs publics. Mais, du côté industriel, des efforts doivent également être consentis. Si les niveaux d’investissement dans les installations sont si élevés actuellement, il faut l’attribuer à l’absence de standardisation de la technologie et des systèmes.

Le cœur de métier historique de Primagaz se situe davantage dans le secteur du LPG. Dans le cas d’une voiture roulant au LPG, il faut différents adaptateurs pour faire le plein dans chaque pays où vous passez. Il est temps de normaliser tout cela : disposer du même système de pressurisation, les mêmes becs de remplissage, etc.  Ce faisant, vous rendez l’infrastructure plus simple et plus efficiente sur le plan des coûts.

TH Pensez-vous, à cet égard, que l’Europe continentale peut s’inspirer des États-Unis ?

MB  Les États-Unis sont clairement plus avancés que nous. Je suis donc persuadé que des plateformes telles que la Plateforme nationale LNG aux Pays-Bas joueront un rôle important et se mettront en liaison avec d’autres instances dans d’autres pays. Elles contribueront peut-être même à mettre sur pied ces instances si elles n’existent pas encore. Des organisations comme celles-là contribueront à la normalisation et exerceront un lobbying auprès des pouvoirs publics pour instaurer des règles de standardisation et la différentiation des accises dont nous avons besoin.

TH En ces temps d’incertitude économique, que pensez-vous du niveau du cours du pétrole. Quels éléments devraient inciter les pouvoirs publics et l’industrie à choisir le LNG ?

MB Il est évident que la faiblesse du cours du pétrole affecte la vision que l’on a du LNG.  Mais, en y réfléchissant bien, le LNG est un choix d’avenir durable sur le plan économique et écologique. Il est plus propre, la maintenance est plus aisée et il a un impact favorable sur le processus de production, la disponibilité des infrastructures ainsi que la productivité du site.

En peu de temps, les prix du pétrole ont baissé significativement. Le contexte est donc moins  favorable pour le LNG qu’il y a six mois. Mais même si cette faiblesse des cours durait 18 mois, il faut toujours garder à l’esprit le coût total de possession ou la durée de vie de votre usine. Compte tenu du délai d’installation, il faudra de neuf à douze mois pour que vos infrastructures soient opérationnelles. D’ici là, les prix pourraient se normaliser.

Si vous décidez d’investir, vous devez prendre en compte qu’un camion vous servira pendant plus d’un an ; un grand brûleur industriel durera plus de dix ans. Donc, à long terme, le LNG reste très bien positionné par rapport au pétrole.

TH Quels sont les trois grands avantages que les utilisateurs finaux devraient garder en tête à propos du carburant LNG ?

MB Primo, il est impératif que nous continuions à sensibiliser le public – les clients mais également les gouvernements – sur le fait que le LNG n’a rien de nouveau. Il est disponible, sûr et a fait ses preuves depuis des années.  Les pouvoirs publics l’envisagent comme la prochaine grande innovation. Mais elle a déjà eu lieu il y a 20 à 30 ans. En Belgique, nous avons lancé le premier site industriel fonctionnant au LNG. Le projet a fait les grands titres de la presse, y compris à la télévision. Mais ce n’est que du gaz naturel liquide. Cela n’a rien de sexy. La technologie est au point depuis des lustres !

Deuxio, quelles que soient vos prévisions de prix, le LNG reste plus économique à long terme que le pétrole. Et il traduit également un choix écologique. En clair, le LNG s’inscrit dans le développement durable, avec une facette économique et écologique.

Enfin, tertio, c’est le plus propre de tous les carburants fossiles. Dans le cadre des discussions actuelles au Parlement européen au sujet de la taxation du carbone, maintenant qu’il n’est plus guère contesté que le CO2 émis par l’homme accélère les changements climatiques, les gouvernements sont davantage enclins à instaurer ce type de mesures. Et s’ils le font, le LNG est un bien meilleur choix que le pétrole.

TH Un grand merci d’avoir été avec nous à The Boardroom, Maarten.

MB Avec plaisir, Tim

Cette interview a été réalisée dans le cadre du Small to Mid-Scale LNG Summit (28-30 avril à Amsterdam aux Pays-Bas).